mercredi 3 juin 2026

Les limites et dangers de certaines acrobaties conceptuelles ...

 

Commentaire sur l'article de The Conversation du 2 juin 2026

 https://theconversation.com/contre-les-oppressions-subies-par-les-femmes-decoloniser-le-feminisme-277432

 

La tentation d’un Occident donneur de leçons aux autres cultures, notamment en matière d’égalité des genres, sans voir ses propres déficiences en la matière, mérite certes d’être pointée et critiquée. Par exemple, beaucoup pensent que le port du voile est sexiste, puisqu’imposé aux seules femmes, sans remettre en question d’autres obligations vestimentaires imposées aux seules femmes pour des raisons de « décence », comme le fait de devoir se couvrir la poitrine : ce qui est perçu comme marqueur légitime de la sexualité par les uns (dissimuler au regard telle partie du corps) ne l’est pas pour d’autres. Chaque culture tend à s’exonérer des faiblesses qu’elle repère chez les autres.

Pour autant, n’y a-t-il pas un moment où il est urgent de se rendre compte que les acrobaties conceptuelles risquent de servir à justifier le pire ?

On peut douter de la pertinence de qualifier de « féministe » une femme (ou un homme) qui soutient, voire revendique, les injonctions faites aux femmes par les prescriptions et proscriptions de l’islam (comme du Christianisme, de l’Hindouisme, etc, bien entendu). Que des Occidentaux n’aient pas à dicter aux femmes des autres continents ce qu’elles ont à faire (fût-ce pour se « libérer »), devrait aller de soi. Mais qu’ils n’aient pas, au même titre que les autres, leur avis à donner sur ce qui peut être libérateur ou oppressif dans d’autres cadres socio-politiques que le leur, serait me semble-t-il une naïveté, étonnamment complaisante : comme si un regard exogène ne pouvait pas, peut-être, apporter une liberté de point de vue qui pourrait manquer à celui qui vit la situation. Qui en vit, certes, l’expérience, mais peut ne pas pouvoir s’affranchir de certains biais. Comme si, réciproquement, une femme sous l’emprise de l’islam ne pouvait pas être suspectée, lorsqu’elle en défend les oppressions, d’être plus musulmane que féministe. Toute victime d’oppressions est au cœur d’un « conflit de loyautés » …

Plus concrètement, il me semble que les Iraniennes qui ont énergiquement combattu l’obligation du port du Tchador nous ont clairement indiqué les aspirations des femmes contraintes à l’islam (comme celles contraintes au catholicisme, au judaïsme, à l’ensemble des systèmes religieux sexistes – bouddhisme inclus - essaient d’œuvrer à en desserrer la coercition).

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