Joyeuse satire des milieux artistiques, dans la continuité du Goût des autres : les envers et revers financiers des décors, les coups de piston et les effets de mode, la recherche du profit mode « l’art est un business comme les autres », les tyrannies et la flagornerie, et surtout, bien sûr, le sectarisme aigre (ou niais, c’est selon) des Nouveaux Dévôts : pseudo-féministes mais vrais sexistes pour qui tous les hommes sont des Prédateurs, et toutes les femmes des Victimes, logique binaire et manichéenne pas beaucoup plus fûtée que le vieux lourd phallocratisme qu’ils combattent, et qu’Agnès Jaoui envoie aussi se rhabiller, notamment dans une farcesque et savoureuse scène finale.
Les nouveaux arbitres de la Morale en vogue minaudent : Jaoui commettrait la Faute de « ne pas choisir » : c’est-à-dire qu’elle ne se rallie à aucun des deux camps : ni celui des hommes qui usent de leur pouvoir pour abuser des femmes (argument de la pièce de Beaumarchais, Le Mariage de Figaro, transformée en opéra par Mozart, que s’évertue à monter le tandem Jaoui-Auteuil, délectable en Chef d’orchestre s’épuisant à ménager les uns et les autres, déchiré par ses propres incertitudes quant à une possible culpabilité concernant une relation ancienne), ni celui de celles qui, légitimement blessées par les exactions de quelques-uns, ont envie de basculer dans la violence rituelle, cathartique, d’un lynchage généralisé et aveugle.
Pourtant la réalisatrice choisit clairement, nettement : une voie non pas médiane (suspecte à ce titre de mollesse et de complaisance), mais de synthèse, ferme et pragmatique : pas l’arbitraire du dazibao, mais la mise hors d’état de nuire de tout coupable avéré (et, si possible, avant la commission de l’acte, quand la situation le permet : quand on sait qu’Un Tel est coutumier de ce genre d’actes).
Une fois de plus, Agnès Jaoui sait capter l’air du temps, les ridicules contemporains (les ralliements timides et opportunistes aux protestataires automatiques ! Ou la langue de bois de la nouvelle doxa mécaniquement débitée, jusque dans ses contradictions internes …), les outrances stériles, les rébellions d’affichage, sonder ce qui sonne creux derrière, dans la veine d’un Beaumarchais ou du Molière des Femmes Savantes.
Les Précieuses ne rient pas, évidemment, elles froncent le nez.

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