vendredi 11 juillet 2025

La jeune fille et la louve

 

Ils l’ont mis sous verre. Ça foisonne. Ils l’ont mis sous verre, mais ça foisonne quand même. Ça pullule. Sous la forêt des grands troncs sombres. Dans un coin, ça fait la fête. Ça rigodule et ça pépie entre couleurs, tulipes rouges, champignons écarlates ou dorés, tiges vertes, myriades mordorées, coroles multicolores. Tout un entrelacs de branches et de lianes. Au commencement, c’était l’espace vide, et profond comme un océan, seuls quelques points d’énergie épars, le commencement d’une louve qui ne sait pas comment elle va faire. Elle est bien seule, la louve, empêtrée dans ses constellations. Il n’y a rien d’autre qu’elle, pour le moment.

Probable que ça mijote pendant quelques éternités. Dans le chaudron du diable, dans le ventre de ce qui est à naître. Ça essaie des formes, ça tente des substances blanchâtres, c’est du chaos où pointent à peine quelques tentatives de couleur. Une première fontaine de bulles joyeusement colorées, la première musique, sous les incertitudes de la caverne. Ça hésite. Ça n’est pas sûr de vouloir vivre, vivre, c’est bien des responsabilités, bien des espoirs, bien des craintes de ne pas pouvoir. Ça se demande si ça en vaut la peine, toutes les peines.

Ça décide de ne pas décider. De laisser faire, de laisser aller, ça lâche le mouvement, les premières pousses, les poussées de la substance et des couleurs, qui s’enfoisonnent et se démultiplient, puis ça fait des coroles heureuses à l’abri des troncs protecteurs. Et la petite fille bat des mains de tout ce monde en joie qui s’entremêle, elle ne sait pas encore si elle va devenir louve, ou une jeune femme, ou tout autre chose. Peu importe, sous la forêt.