mercredi 15 mars 2023

Reporterre : C’est un fait : les femmes sont plus écolos que les hommes https://reporterre.net/C-est-un-fait-les-femmes-sont-plus-ecolos-que-les-hommes?utm_source=newsletter&utm_medium=email&utm_campaign=nl_quotidienne

 

C’est un « Fait » ! Euh … un fait ?

Parce que, si on suit cette logique, qu’un temps on eût, en appelant les choses par leur nom, qualifiée de sexiste, si « Les femmes sont plus écologistes » (si, en fait, « les femmes sont plus ou moins ceci ou cela »), ça confirme la vieille thèse préférée des phallocrates : alors, « les femmes sont plus connes » …

Mais … Et les « Noirs » ? A-t-on fait des « recherches », pour déterminer ( !) s’ils sont plus (ou moins ?) écologistes que les Blancs ? Et les Arabes ? Les juifs Ashkénazes ? Les homosexuels bruns à yeux verts ?

Catégorisons, de façon catégorique ! Tant pis si on ne sait pas bien qui on fourre dans ces fourre-tout, quel est l’intérêt (les arrière-pensées …) de « comparer », qui on cherche à mettre à l’Index, à culpabiliser : l’époque est au retour du moralisme à tout propos. Même si on ne sait pas trop, non plus, ce que c’est, être « plus écologiste », à quoi ça se reconnaît, qui établit les mesures, selon quelles données évidemment « scientifiques », ni si ça se soigne … Probablement, comme, en d’autres temps, être « bon catholique » ? Fréquence de présence à la messe, régularité des confessions, actions charitables …

Demandez (à la revue Reporterre) le Nouveau Label : « plus écolo » ! (tu meurs)

 

Dans le corps (souffrant) de l’article, tout s’explique :

« Les femmes, plus écolos que les hommes ? Les études scientifiques se suivent, se ressemblent et confirment cette énième inégalité. À table, les hommes émettent en moyenne 41 % de gaz à effet de serre de plus que les femmes, d’après une étude britannique de 2021. »

Les hommes, visiblement, pètent plus à table.

On comprend peu à peu ce que ces allumés entendent par « plus écolos » … Et réellement, nouvelle religion, nouvel Ordre moral, sans ciller : avec les bons points et les mauvais, les « peut mieux faire » et les « doit progresser » :

« Les hommes sont également de mauvais élèves en matière de transport. Ils se déplacent plus et sur de plus longues distances que les femmes : 118 kilomètres par semaine, d’après le Forum Vies mobiles. Avec à la clé 16 % d’émissions de CO2 de plus, notamment en raison de leur usage plus prononcé des véhicules à quatre roues, a évalué une étude suédoise de 2021. »

C’est pas bien, ça ! On sent arriver le camp de rééducation …

Et c’est pas tout :

« Globalement, la gent masculine est à la traîne quand il s’agit d’adopter un mode de vie plus écolo. Le zéro déchet est une pratique majoritairement féminine », « j’ai environ 95 % de femmes dans mes ateliers. La présence d’un homme est exceptionnelle », expliquait ainsi à Reporterre Joséphine Dabilly, animatrice d’Ateliers zéro déchet à Nantes. »

Qui ont peut-être autre chose à faire qu’aller se branler le chou dans des assos type sectes de quartier, tendance macramé, pour se faire « enseigner » comment Sauver la Planète.

Infantilisation et niaiserie à tous les étages, les Nouveaux Prophètes réussissent à cumuler les tares de tous les mouvements répressifs de ces dernières décennies : bonne conscience moralisatrice catho, injonctions et proscriptions à la Mao, sens du « sacrifice », certitudes d’une eschatologie apocalyptique (sauf ultime Rachat …), règlementations collectivistes, etc.

Un petit dernier article de foi, pour la route ? Pour continuer à envisager la tâche qui nous attend avec enthousiasme et bonne humeur …

« Les sociologues […]ont évalué à 202 heures le travail domestique supplémentaire induit par l’utilisation de couches lavables pour un enfant de sa naissance à ses trois ans — un surcroît de tâches largement supporté par les femmes. »

On est pas dans la merde.

jeudi 23 février 2023

Les Signes (Le jour où je suis mort)

 

                                                            

 

Il vient un jour, dans la vie d’un homme, où il se retrouve face à sa mort. Rien, parfois, ne l’annonçait. Elle est là. Elle te regarde, calme et patiente : ton heure est venue.

C’est hier que j’ai vu le premier signe. Mais, sur le moment, je n’y ai discerné aucun avertissement. Toute la matinée, j’ai organisé mon emploi du temps en fonction de mon rendez-vous de l’après-midi. Jusqu'à ce que je m’aperçoive, subitement, que nous étions la veille. Le compte n’y était pas, il me manquait un jour, je me croyais vendredi, nous n’étions que jeudi. J’avais tout mon temps. Un jour de plus, en fait. Comme un sursis qui m’était accordé ;

Cet après-midi, je suis allé à mon rendez-vous. En m’ouvrant la porte, la dame a eu l’air surprise : « Mais … c’est vendredi prochain qu’on se voit ! »

Ainsi, le grand dérèglement du temps a commencé. Les dates s’entrechoquent, les jours se confondent.

Pour me calmer, j’ai voulu allumer ma pipe. Mais son tuyau était bouché, et le cure-pipe, nulle part ; je l’ai cherché partout, en vain. L’Univers a entrepris de se dissoudre.

Ensuite, je suis allé voir l’océan. Sur la route, je me suis arrêté quelques minutes au funérarium, où l’on vient d’amener un cousin.

Je me reposais sur la plage, bercé par le grondement sourd des vagues. Soudain, une silhouette noire s’est dressée au-dessus de moi. Un homme vêtu d’un ciré sombre à capuche, tenant dans sa main un long appareil de détection de métaux.

Je me suis redressé. « Vous êtes vivant ? », m’a-t-il demandé. « J’étais venu m’assurer que tout allait bien. Au cas où vous auriez fait un malaise. » La silhouette noire s’est éloignée dans les embruns, a disparu.

Il y a eu, au retour, le distributeur de billets : vide.

Alors disparurent toutes les choses de la Terre, et la Terre fut vide, comme avant le premier jour.

Un peu plus tard, un skateur inattentif s’est jeté sous les roues de ma voiture. Je l’ai évité, il est parti en glissant sur moi des yeux indifférents.

Et le Monde commence à disparaître à ton regard, et tu disparais aux yeux du Monde.

Enfin, c’est moi qui ai eu la fève, à la galette. Une minuscule figurine de chouette : c’est bien moi qui suis choisi. C’est mon jour.

Il ne me reste que quelques heures à vivre, à traverser le monde.

Ça ne m’effraie pas. Je ne sais pas quel visage aura la Mort. A quel moment, à quel endroit elle apparaîtra. Le regard calme et patient. Elle me fera signe. Il ne me restera qu’à la suivre.

vendredi 17 février 2023

Philo-Lexomil : une variété cultivée dans les Landes (à propos de l'initiative du Café-philo des Landes ...)

 

Est-ce la douceur du climat ? L’influence émolliente des pins, ou celle des surfeurs ? Ou l’âge moyen des résidents, leur niveau de revenus : plutôt élevés, l’un et l’autre.

Toujours est-il que la « philo » qu’on y pratique n’est pas de celles qui (r)éveillent, mettent en alerte, s’appuient sur la mise en doute : la philo, quoi, l’activité qui consiste à questionner ses croyances, interroger les mots et ce qu’on croyait savoir …

Rien de tel dans les propositions de « café-philo » organisées dans le secteur, et que votre serviteur est allé essayer (au péril de sa santé mentale !).

Sous l’appellation (peu protégée) « philo », on peut mettre, finalement, n’importe quoi : ici, il s’agit davantage de catéchisme.

On n’y interroge pas, on assène : on affirme, on se complaît dans ses croyances, mises bout à bout en guise de « débat ». On s’auto-congratule (il est loin, l’inquiet « Que sais-je ? » de Montaigne !), on est entre soi : ça sert aussi (surtout ?) à ça, la « philo » : à produire des discours de légitimation pour les classes dominantes. Anesthésier les embryons de culpabilité, à tout le moins d’inconfort, que pourraient engendrer les privilèges de situation plutôt aisée, au soleil, au milieu (et aux dépends) de tous ceux qui galèrent, triment, bossent pour trois sous dans des jobs dépourvus de sens : la société capitaliste, quoi, libérale, bourgeoise. Celle qui en veut toujours plus, essaie toujours de ronger un peu plus jusqu'à l’os ceux qu’elle vampirise : en réduisant les « coûts », les salaires, en reculant l’âge de la retraite, en augmentant les cadences, les contraintes, les contrôles.

Certains, les plus sensibles, ça pourrait réveiller en eux un début de culpabilité … Vite, un comprimé ! c’est à ça que peut servir une certaine philo, endormir les consciences : justifier. Si certains ont plus (et donc, d’autres, moins …), c’est qu’ils le méritent : c’est « qu’ils le valent bien ! ». Leurs talents, leur intelligence, leur dévouement … Va falloir m’inventer des théories de la résignation heureuse, toute une mondanité chic de théories au look savant pour nous expliquer que le bonheur est dans le pré de nos « vertus », qu’il n’est que de les développer (au passage, n’oubliez pas le « guide », vous trouverez à la sortie mon dernier bouquin de Préceptes pour comprendre le bonheur) : si t’es pas heureux, c’est pas de notre faute, c’est pas qu’on collabore à une société de merde, prédatrice et indifférente au sort des humains, sous ses discours « bienveillants ». C’est que t’as pas su t’y prendre, t’as « pas compris », t’es en proie aux « Passions tristes » : rien de tel que quelques citations pédantes pour impressionner le chaland. Leibniz, ça, c’est de la philo ! Citer, c’est penser. Même si on n’y comprend que dalle, même si ça n’a pas de sens, sorti de son contexte, hermétique à souhait : vous reprendrez bien un peu de Lacan ! Surtout pas Bourdieu, malheureux, et sa funeste théorie des héritiers : faudrait pas pousser le populo à la révolte, qu’il se rende compte que les dés sont pipés, que, dans cette « course égalitaire », beaucoup partent avec quelques longueurs de retard.

Alors, tu te réjouis en découvrant qu’un café philo va se tenir juste à côté de chez toi, dans ton bled : Café philo des Landes, c’est sympa comme un club de vacances. Tu vas voir leur page Facebook, t’informer, c’est quoi leur façon d’opérer ?

Et là, tu tiques. Tu trouves comme une rengaine. Les thèmes se suivent et se ressemblent dans leur généralité fumeuse et stérile, « le désir », « l’amour », « le pouvoir » : c’est quoi que ça interroge, au fond, « la philo » ? Pourquoi on se pose telle ou telle question, qui les choisit, et comment ? (Pourquoi et pour quoi on se pose une question, ça commence par là, une recherche philosophique …)

Surtout, tu remarques l’omniprésence des références à deux penseurs très à la mode, chéris des médias, adulés par leur fan-club, des Philosophes de première bourre, au parcours impeccable : Sciences-Po, HEC, IEP, Arte, etc, pedigree nickel : les types qui ont su y faire, effectuer les bons choix, aller droit à la réussite, et sont donc parfaitement qualifiés pour t’enseigner Les Vertus de l’échec (Charles Pépin), et même toutes les Grandes Vertus (Petit Traité, Comte-Sponville : le chéri de ces dames, le sympathique joueur de bonneteau de Conférences télévisées. Ça cite en grec avec brio, ça jongle du concept, ça a un charme de penseur mondain qui plaît bien aux classes convenables : « des obligés du pouvoir, quasiment », a-t-on dit de ce soutien déclaré de Macron.)

Mais, le problème, ce ne sont pas ces auteurs : tendancieux et contestables, voire creux, mais pas dénués de tout intérêt. Le problème, « l’arnaque », c’est que c’est pas dit sur l’affiche : quand c’est marqué Témoins de Jéhovah, t’y vas pas : tu sais que ça va tourner en boucle sur leurs lubies. Alors que là, tu te méfies pas ! Tu crois à une réunion de braves gens qui vont se faire un peu transpirer la couenne réfléchissante … Tu sais pas que le résultat est écrit à l’avance, que ça va tomber, inéluctablement, sur « ce qu’il fallait démontrer », connu des organisateurs : ces idées molles à la Comte-Pépin-Sponville, où tout le monde il est sympathique et donc où il faut se révolter contre rien, faut laisser faire les élites, les diplômés, les élus (tiens ! c’est un élu, le promoteur du Café philo landais !...), faut accepter son sort et prendre sur soi pour parvenir au bonheur (ça se mérite ! Voir aussi les conseils extatiques de Lenoir … Parmi les autres grandes références de ce catéchisme-philo, qui on trouve … ? Le couple Badinter ! Moi, je les aime bien, ils sont gentils-propres moralement sur eux, lui, c’est « l’abolition de la peine de mort » … indispensable, mais un peu gadget mitterrandien « problème de société », ça dispense d’engager de vraies transformations sociales (si, la retraite à 60 ans : ça n’a pas duré). Elle, philosophe plutôt courageuse dans ses combats féministes, est l’une des grosses fortunes françaises : c’est pas sa faute, mais on est de nouveau dans ce monde très convenable et on comprend que ça freine l’imagination révolutionnaire … « Améliorer » un peu le monde, à la marge, oui. Mais chambouler les fondamentaux dont on profite … Evidemment non !).

Dénouement : partagé entre mon intérêt initial et ces suspicions, j’adresse aux organisateurs un petit mot pour leur faire part de mon hésitation. Ils me répondent : j’ai droit à une citation bateau de Sartre, type copie de Bac sur laquelle le correcteur noterait : « citer n’est pas argumenter ». « L’homme est condamné à être libre », évidence paradoxale qui rejoint le « Je m’en lave les mains » de Pilate … le 2e, plus directif, jette le masque : « Ne venez pas », m’enjoint-il. C’est pas un endroit où on est bienvenu si on vient foutre le bordel en posant des questions, en remettant en cause les encycliques des Pères de la Philosophie.

Je décide donc de mettre fin à mon exploration, pas la peine de se faire du mal, il n’y aura pas là plus de pensée que dans un camp de scouts. Et de dé-cocher mon suivi de cette page : mais je m’aperçois que c’est impossible. J’ai déjà été viré de la page ! Ces grands amis de la discussion, revendiquant esprit de tolérance et amour de « l’altérité » (ça revient beaucoup, dans leurs publications : gros focus sur « l’autre ». A la mode « philo » : on en parle, on n’a pas dit qu’on pratiquait), m’ont supprimé l’accès. Censuré, comme des apparatchiks ordinaires, la philo, on veut bien, mais on supporte pas des remarques qui pourraient laisser supposer un risque de critique ! C’est l’esprit du temps. Faut être d’accord, ou tu dégages (« La France, tu l’aimes ou tu la quittes », disait l’autre grand démocrate).

M’en fous, j’irai penser (ou pisser ?) sur la plage. Vous en connaissez pas, vous, des lieux où ça pense ? Pour de vrai ?...